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Découverte de la Normandie au gré des promenades littéraires, mystérieuses, romantiques et historiques

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Philippe delerm, écrivain des petits riens

Philippe Delerm écrivain des petits riens

par Pascale Frey
Lire, février 2001


 Le succès foudroyant de La première gorgée de bière n'a pas changé la vie paisible de cet enseignant, bien au chaud dans sa maison normande.

Philippe Delerm aime Agatha Christie et Beatrix Potter. Pas étonnant donc que sa maison ressemble au cottage de Miss Marple! Canapés confortables en chintz, dessins aux murs, atmosphère cosy et feu de cheminée... Cela fait vingt-cinq ans que Philippe Delerm est normand. «Mes racines sont cependant dans le Sud-Ouest. Mes parents, instituteurs, ont été nommés dans la région parisienne. Lorsque, à mon tour, je suis devenu enseignant, l'Education nationale nous a envoyés ici, ma femme et moi, et j'ai eu le coup de foudre pour le rythme de vie de cette région.» <script language=JavaScript>OAS_AD('Position2');</script> <script src="http://www.smartadserver.com/call/pubj/438/2811/136/S/3403496710/?"></script>

En 1976, il commence à expédier des manuscrits. Sans succès. Il doit attendre sept ans avant de voir son premier roman édité. Il s'appelle La cinquième saison et son éditeur est Le Rocher. Dès le début, des journalistes s'intéressent à son travail. Il publie encore une dizaine de récits jusqu'à ce cataclysme intitulé La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules. Au départ, il ne s'agissait que de quelques textes destinés à la NRF. En février 1997, L'Arpenteur (une collection de Gallimard) décide de les réunir. Un mois plus tard, Philippe Delerm remporte le Prix des libraires pour un autre ouvrage, paru peu de temps auparavant, Sundborn ou les jours de lumière (Folio). Mêlant réalité et fiction, il y célèbre son amour pour les peintres scandinaves.

Au fil des mois, grâce au bouche-à-oreille, La première gorgée de bière se transforme en phénomène: l'émission de Bernard Pivot, en mai, le propulse au sommet des meilleures ventes. L'envol se poursuit à la rentrée de septembre. «Il a encore mieux marché la deuxième année que la première», s'étonne Philippe Delerm. Aujourd'hui, trois ans après sa parution, il s'en vend mille par jour.

L'écrivain ne se l'explique pas. «J'ai simplement toujours eu envie de faire des livres composés de petits textes, je n'ai pas un tempérament de romancier. En vingt ans, mon écriture a évolué. Au début, elle était très musicale, et je ne renie absolument pas cette époque. En vieillissant, on devient moins gai... donc plus drôle! Peu à peu, la longueur s'est imposée. J'ai senti que j'avais trouvé mon style avec Mr. Mouse ou la métaphysique du terrier (Folio). Mon premier texte court, Mouiller ses espadrilles, je l'ai composé en pensant que jamais personne n'avait dû écrire là-dessus, ce qui était faux! Le moment où l'on trouve l'idée est jubilatoire, mais je ne connais jamais les chutes; c'est un peu comme une énigme que je résoudrais en cours d'écriture.»

Incontestablement, Philippe Delerm a inventé un nouveau genre. Même s'il affirme avoir l'impression de faire partie d'une école. Ses compatriotes littéraires? Jacques Réda, Jean-Loup Trassard, Eric Holder, François de Cornière et Christian Bobin. Tous ont pris de la distance par rapport à la frénésie de la vie. Difficile pourtant de garder son calme quand le succès s'abat sur vous, quand le téléphone ne cesse de sonner, quand les gens débarquent dans votre retraite... «Je n'ai presque rien changé à ma façon de vivre car, d'une certaine manière, ce succès la cautionnait.»

Le seul luxe que Philippe Delerm s'est offert, c'est de troquer son plein temps contre un mi-temps. «Mais il n'était pas question que j'arrête l'enseignement.» Une certaine quiétude dans le quotidien ne signifie pas pour autant une existence dénuée d'angoisse. Et lorsqu'on dit à Philippe Delerm qu'il est zen, il sourit doucement: «Si mon fils ne m'a pas téléphoné depuis deux jours, j'imagine le pire!» Son fils de vingt-quatre ans, on le voit à tous les âges sur le mur de son bureau. Avec des photos de gens qu'il aime ou du peintre norvégien Hammershoi, sur lequel il vient de terminer un livre (Intérieur, Vilhelm Hammershoi, Flohic).

Avec aussi les disques de Brel, des Frères Jacques, de Souchon, de Brassens, de Ferré, et de son fils, Vincent Delerm, qui se lance dans la chanson. Ici, point d'ordinateur («Je n'ai pas envie d'introduire cette bestiole dans mon bureau»), de branchement sur Internet («J'y viendrai avec quinze ans de retard»), juste une machine à écrire. Au mur encore, des articles de la presse étrangère - catalane, chinoise (il a été traduit en vingt-six langues et fait un tabac en Italie).

Et, dans la bibliothèque, Proust bien sûr, son auteur de chevet, mais aussi le Journal de Léautaud, Jean Rouaud. Dans un coin, une guitare pour s'accompagner lorsqu'il chante en classe. C'est dans ce bureau qu'il vient de terminer La sieste assassinée. Un ouvrage dans la lignée de La première gorgée de bière mais sensiblement différent. Philippe Delerm n'a pas tenté d'appliquer une formule qui marche. L'écriture est plus resserrée, l'éloge de l'infini plaisir peut-être moins présent au profit d'un regard plus aigu. Nous retrouvons pourtant tout ce qui fait son talent: transformer les petits riens de la vie en littérature, mettre en mots ces émotions que tout le monde ressent, ce qui nous fait penser: «Ah oui, c'est tout à fait ça!»

Nous sortons du bureau pour entrer dans le salon, chaleureux. Puis c'est la salle à manger, la cuisine, qui elle-même conduit au bureau de sa femme, Martine, auteur de livres pour enfants. La maison donne sur un grand jardin, avec une grange qui sert de théâtre privé. Philippe Delerm n'est pas le genre d'homme que le succès abîme. Il ne nourrit pas de rêves extravagants, n'a pas acquis de certitudes. Non, la seule intime conviction que ces dernières années lui ont apportée, c'est qu'aujourd'hui «il se sent écrivain. Profondément».

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