; Gauthier II de Tyrel
Gauthier II eut le malheur de tuer à la chasse Guillaume II dit le Roux, roi d'Angleterre. Les circonstances dans lesquelles s'accomplit cet événement funeste, arrivé le 2 août de l'année 1100, sont rapportées par Augustin Thierry (3) de la manière suivante : (3) Histoire d'Angleterre, t.I,p.429.
"Le matin de son dernier jour, le roi fit un grand repas avec ses amis dans le château de Winchester et se prépara ensuite à la chasse projetée. Pendant qu'il nouait sa chaussure, en badinant avec ses convives, un ouvrier lui présenta six flèches neuves, il les examina, en loua le travail, en prit quatre pour lui et donna les deux autres à Gauthier Tyrel, en disant : "Il faut de bonnes armes à qui tire de bons coups." Gauthier Tyrel était un Français qui avait de riches 36 possessions dans le pays de Poix et dans le Ponthieu ; c'était l'ami le plus familier du roi et son compagnon assidu."
"Au moment du départ, entra un moine du couvent de Saint-Pierre, à Glocester, qui remit à Guillaume des dépêches de son abbé. Cet abbé, Normand de naissance, et appelé Serlon, mandait, avec inquiétude qu'un de ses religieux (probablement de race anglaise), avait eu dans son sommeil une vision de mauvais augure; qu'il avait vu Jésus-Christ assis sur son trône, et, à ses pieds, une femme qui le suppliait, en disant: "Sauveur du monde, regarde en pitié ton peuple, gémissant sous le joug de Guillaume." En entendant ce message, le roi rit aux éclats: "Est-ce qu'ils me prennent pour un Anglais, dit-il, avec leurs-songes? Me croient-ils un de ces fous qui abandonnent leur chemin ou leurs affaires parce qu'une vieille rêve ou éternue? Allons! Gauthier de Poix, à cheval."
"Henri, frère du roi; Guillaume de Breteuil, et plusieurs autres seigneurs l'accompagnèrent à la forêt : les chasseurs se dispersèrent, mais Gauthier Tyrel resta auprès de lui, et leurs chiens chassèrent ensemble. Tous deux se tenaient à leur poste vis-à-vis l'un de l'autre, la flèche sur l'arbalète et le doigt sur la détente, lorsqu'un cerf, traqué par les batteurs, s'avança entre le roi et son ami. Guillaume tira, mais la corde de son arbalète se brisant, la flèche ne partit pas, et le cerf, étonné du bruit, s'arrêta, regardant de tous côtés. Le roi fit signe à son compagnon de tirer; mais celui-ci n'en fit rien, soit qu'il ne vît pas le cerf, soit qu'il ne comprit pas les signes. Alors, Guillaume, impatienté, cria tout haut "Tire, Gauthier, tire donc de par le diable," et, au même instant, une flèche, soit celle de Gauthier soit une autre, vint le frapper dans la poitrine, il tomba sans prononcer un mot et expira. Gauthier courut à lui, mais, le trouvant sans haleine, il remonta à cheval, galopa vers la côte, passa en Normandie et de là sur les terres de France."
"Gauthier Il fut profondément afflige d'avoir tué le roi d'Angleterre, dont il était sincèrement aimé, et il ne trouva d'autre moyen de faire diversion à sa douleur que d'entreprendre 37 le voyage de la Terre-Sainte. Il fit ce pèlerinage avec Baudoin, son deuxième fils, et ne vivait plus an l'an 1110."
Femme : Marié par ordre de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre, à Adelice GIFFARD, de l'illustre maison des Giffard, en Angleterre (1). (1) Généalogie des Tyrel, sires de Poix, manuscrit.
Armes de la famille GIFFARD en Angleterre : De gueules, à trois lions léopardés d'argent, passant l'un sur l'autre.
En France: Palé d'or et de gueules de 6 pièces.
Fille de Richard Giffard, l'un des seigneurs de la cour de ce monarque, et de Mathilde de Mortemer, fille de Gauthier, sire de Mortemer en Normandie. Hic Adelidem filiam Ricard de sublimiprosapia Gifardorum habuit (2). (2) Orderic Vital, historia ecclesiastica, pars III, Iib. § XII.
Le nom de Gauthier Giffard, dont nous venons de parler, se trouvait autrefois inscrit sur le cartulaire conservé au monastère de Saint-Martin de la Bataille, aujourd'hui on le voit dans l'église de Dives parmi ceux des chevaliers qui ont aidé le duc de Normandie à fonder une dynastie nouvelle en Angleterre. Le jour même de la bataille de Hastings et avant l'action, le duc fit appeler Gauthier Giffard pour lui remettre le drapeau que le Pape avait envoyé à l'armée normande, mais celui-ci déclina cet honneur, et demanda à Guillaume, comme une faveur marquée, l'autorisation de rester et de combattre avec les troupes placées sous ses ordres. Robert Wace, tome Il, page 103 et suiv., rapporte ainsi le colloque qui eut lieu entre le duc de Normandie et Gauthier Giffard :
E li dus guarda d'altre part.
Si apela Galtier Giffart :
Cel gonfanon, dist-.iI, pernez
En la bataille le portez.
Galtier Giffart li respondi :
Sire, dist-iI, per dex merci.
Augustin Thierry donne, à la page 261; la composition 38 du conseil de régence auquel le nouveau roi délégua ses pouvoirs pour gouverner son royaume pendant le voyage qu'il fit en Normandie au commencement de l'année 1067 et l'on voit que Gauthier Giffard fut appelé à faire partie de ce conseil. "Près de s'embarquer pour retourner on Normandie, Guillaume confia la lieutenance de son pouvoir royal à son frère Eudes, évêque de Bayeux, et à Guillaume, fils d'Osbern. A ces deux vice-rois furent adjoints d'autres seigneurs de marque comme aides et comme conseillers Hughes de Grandmesnil, Hugues de Montfort, Gauthier Giffard et Guillaume de Garenne.
" Le même Gauthier Giffard fut encore l'un des seigneurs choisis par le nouveau roi pour veiller à l'établissement du grand rôle ou grand terrier d'Angleterre.
" En vertu des ordres du roi Guillaume, Henri de Ferrières, Gauthier Giffard, Adam, frère d'Eudes le sénéchal. et Remi, évêque de l'Incoln, ainsi que d'autres personnages pris parmi les gens de justice et les gardiens du trésor royal, se mirent à voyager par tous les comtés de l'Angleterre, établissant dans chaque lieu un peu considérable leur conseil d'enquête, etc. (1). (1) Augustin Thierry, t. I p. 384.
De GAUTHIER TYREL II et D'ADELICE GIFFARD, vinrent :
Enfants :
1er GAUTHIER III, qui suivra.
2e Beaudoin TYREL, qui se croisa avec son père.
3e Robert TYREL, seigneur de Bergicourt, de Bettembos et d'Eplessier. Mort en Terre-Sainte, en 1133.
- Marié à Berthe, fille de Hugues, seigneur de Chaumont, connétable de France, mort en 1138, et l'Alix de Saveuse.
- Dont vint :
Adélaïde Tyrel, dame de Bergicourt, Bettembos et d'Eplessier, qui, en 1143, fut contrainte de céder ces deux dernières terres, à Hugues Tyrel, sire de Poix, son cousin germain (2). (2)Durnont de Movencourt, manuscrit
- Épousa Foulques, chevalier, sire d'Arguel.39
4e Raoul Tyrel, seigneur de Croixrault assassiné en 1136; on plaça une croix sur sa tombe, de là. le nom de ce village (1).(1) Dumont de Moyencourt, manuscrit.
5e Bérine Tyrel, dame de Saint-Aubin.
- Épousa Guy de Mortemer, écuyer, seigneur d'Illois.